La
plaque commémorative de Rose Valland
a été dévoilée au Jeu de Paume
par
le ministre Donnadieu de Vabres, le mercredi 27 avril 2005. les textes qui suivent sont des extrtaits du journal
"le dauphiné" et d'une plaquette éditée par le ministère de la culture.

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Discours de Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la
culture et de la communication, prononcé lors de l'hommage à Rose
Valland, attachée de conservation des musées nationaux
PARIS. Le ministre de la Culture Renaud Donnedieu
de Vabres a rendu hommage à "cette grande Résistante,cette femme exceptionnelle
et exemplaire”,
inhumée
dans son village natal de Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs
Elle avait déjà sa place, depuisLseptembre
2003, dans son village natal de Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs. Rose Valland
a désormais
sa plaque sur le mur extérieur sud du Jeu de Paume à Paris
où elle a écrit une des plus belles pages de l’histoire
de la Résistance.
Renaud Donnedieu de Vabres l’a dévoilée hier après-midi
lors d’une cérémonie émouvante à laquelle
participaient notamment la directrice des Musées de France Francine
Mariani-Ducray, Lise Toubon, plusieurs anciens combattants et de
nombreux membres de l'association “La mémoire de Rose Valland” fondée
par Danièle Delaruelle-Depraz et présidée par
Jacqueline Barthalay, qui se battent de longue date pour que l’action
de cette femme d’exception soit reconnue au plus haut niveau.
Attachée à la Conservation du Musée du Jeu de
Paume lorsque la Seconde
guerre mondiale éclate, l’héroïne réussira pendant
quatre ans, malgré les menaces, les renvois provisoires et
les interrogatoires, à conserver son poste.ce qui lui permit de
noter scrupuleusement un maximum d’informations sur les oeuvres — tableaux,
sculptures, meubles... — spoliées et
envoyées par les nazis en Allemagne. “Les informations réunies
par Rose Valland et aujourd’hui conservées aux archives des Musées
de France, ont été déterminantes pour retrouver les oeuvres,
après la guerre et jusqu’à nos jours”, devait souligner
le ministre de la Culture en précisant que ‘ce travail continue,
fidèle à son inspiration”.
Visiblement heureux de saluer la mémoire de l’iséroise
trois jours après la cérémonie où le président
Jacques Chirac a exprimé sur le parvis des Droits de l’homme à Paris “l’hommage
de la nation à toutes les victimes de la barbarie et à tous les
Résistants”, Renaud Donnedieu de Vabres a réaffirmé que
le courarge et le dévouement de cette femme héroïgue” qui
avaient “largement contribué à rendre possible la restitution
de 45000 oeuvres d’art aux familles qui en avaient été dépossédées
et à leurs ayants droits,”. Et d’ajouter qu’ ”au
cours des dernières années, un travail considérable a été entrepris
grâce au courage et à la sagacité de certains chercheurs
et grâce aux services de l’Etat, notamment ceux du ministère
de la Culture”. Grâce aussi aux “missions spéciales” telles
la mission d’étude sur la spoliation des Juifs en France, présidée par Jean Mattéoli,
la Commission d’indenmisation des victimes de la spoliation, présidée
par Pierre Drai, et la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, présidée
par Simone Veil.
Comme devait le mettre en exergue l’hôte de la rue de Valois, “ces
nouveaux efførts et ces recherches ont heureusement abouti à la
restitution d’une soixantaine d’oeuvres depuis 1994, essentiellement à des
ayants droits et des galeristes et des collecIionneurs”. Soulignant
que la plaque tout juste dévoilée venait “témoigner
enfin de la reconnaissance due à cette actrice irremplagable de la vie
des musées, à cette grande Résistante, à cette
Française
héroïque, à cette femme exceptionnelle et exemplaire”,
Renaud Donnedieu de Vabres s’est dit “heureux” que cet hommage “se
joigne aujourd’hui à celui de son village et de son département
natals où elle fut inhumée dans la plus grande discrétion, à l’âge
de 82 ans”.
Que la nation vienne ainsi perpétuer son souvenir dans la capitale était
pour le moins justifié.
texte de Helène Pilichowski - Dauphiné Libéré -
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Jeu de paume, Paris mercredi 27 avril 2005
Monsieur le Maire du 1er arrondissement de Paris,
Monsieur le Maire de Saint Etienne de Saint Geoirs,
Mesdames et Messieurs les Elus,
Madame la Directrice des Musées de France,
Monsieur le Directeur honoraire des Musées de France,
Madame la Conseillère,
Madame la Présidente d’honneur,
Madame la Présidente,
Mesdames, Messieurs,
Rose Valland avait la passion de l’art, la passion des oeuvres,
la passion de son métier de conservateur, la passion de l’histoire,
la passion de la vie.
Dimanche, sous la pluie qui battait le parvis des Droits de l’homme,
devant les survivants, les témoins, les représentants des
déportés et de leurs familles, devant les autorités
de l’Etat, devant nos concitoyens et devant les jeunes, le Président
de la République a exprimé l’hommage de la nation à toutes
celles et à tous ceux qui ont connu la déportation, à toutes
les victimes de la barbarie et à tous les Résistants, les
hommes et les femmes de France ou d’ailleurs, qui se sont levés
pour rendre à la France son honneur et son destin.
Rose Valland était de ce combat. Elle y a pris toute sa part.
Elle est entrée en Résistance comme elle a vécu,
avec une constante discrétion et une très grande efficacité.
Avec cette conscience du devoir impérieux de l’action, de
l’exigence de vérité et de responsabilité,
rappelée le 27 janvier dernier, dans le froid d’Auschwitz,
par Madame Simone Veil à l’occasion du 60ème anniversaire
de la Libération des camps d’extermination.
Rose Valland est née en 1898 à St Etienne de Saint Geoirs,
dans ces collines de l’Isère où résistèrent
tant de maquis, non loin d’Izieu, où je suis venu rendre
hommage, il y a deux semaines, à la mémoire des quarante-quatre
enfants martyrs dont j’ai reçu, au nom de l’Etat,
une partie des archives. Et la semaine dernière, dans la cour
de la synagogue de Tours, nous avons dévoilé, avec Simone
Veil et l’ambassadeur d’Israël en France, une plaque
en hommage à ces Justes qui ont ravivé la flamme vacillante
de l’espérance humaine, de la fraternité et de la
justice, au plus profond de la plus vaste tentative de négation
de la nature humaine, de cette page si sombre de notre histoire.
Est-ce parce que ses premiers instigateurs, et au premier rang Hitler
lui-même, avaient cru un temps à une pseudo-vocation d’artiste,
qui était vouée à l’échec face à l’extraordinaire
créativité culturelle de la République de Weimar
? Est-ce plus sûrement parce que ce qu’ils nommaient le Kulturkampf était
au centre de leur idéologie, de leur folie destructrice et de
leur logique concentrationnaire ?
En effet, pour les nazis, l’art et la nation étaient indissociables.
Et le Reich ne pouvait s’accommoder d’un art qu’il
nommait « dégénéré », c’est-à-dire
rejeté hors de l’espèce humaine, humilié,
anéanti. Comme tous les hommes qui ne répondaient pas aux
critères d’une « arianité » fantasmée,
qui était au coeur de son projet totalitaire.
L’antisémitisme attisait cette conception manichéenne
de l’art dont il se nourrissait. Mais il ne suffisait pas aux bourreaux
de dénoncer et de détruire. Ils voulaient aussi exalter
les critères d’une nouvelle esthétique, censée
incarner la pureté d’un Reich destiné à devenir
millénaire. Goebbels, le ministre de la Propagande, était
plus particulièrement chargé de cette sinistre besogne.
Les nazis ont tenté la fusion totale entre l’esthétique
et la politique, une esthétique qui épousait leur culte
du sol et du sang et glorifiait une tradition relue, déformée,
et amputée.
Avant même d’étendre leur lourd et long manteau noir
sur l’Allemagne, puis sur la plus grande partie de l’Europe,
et de précipiter le monde entier dans la guerre, la barbarie nazie
a brûlé les livres. Et les oeuvres d’art.
La négation du droit de propriété, l’un des
tout premiers droits imprescriptibles de l’homme, avec le droit à la
vie, était inscrite dans la matrice même de son idéologie
mortifère. Aussi la spoliation générale des biens
de ceux dont tous les droits étaient niés a-t-elle été mise
en oeuvre, très tôt, sur une très vaste envergure,
avec une grande violence, dès que commença l’occupation
de la France.
Rose Valland en fut le témoin, dès octobre 1940, lorsque
les autorités d’occupation allemande décidèrent
de réquisitionner le Jeu de Paume pour y installer l’ « Einsatzstab
Reichsleiters Rosenberg » (ERR).
Auparavant, dès la déclaration de guerre, elle avait assisté et
participé à la vaste entreprise, décidée
et organisée, avec une remarquable prescience de son engagement
de Résistant, par Jacques Jaujard, directeur des musées,
de dispersion et de mise à l’abri des collections nationales
sur l’ensemble du territoire, dans les châteaux et les abbayes, à Chambord,
Cheverny, Courtalain, Sourches, Brissac, Valençay, Loubejac et
Montal. Il fallait éloigner les fleurons de notre patrimoine des
combats et les protéger des bombardements.
Et c’est au Jeu de Paume que reviennent la plupart de ces oeuvres,
traquées et retrouvées par l’occupant, aux côtés
de celles qui sont systématiquement pillées et enlevées
aux collectionneurs, aux marchands d’art, aux artistes et aux simples
particuliers, dont le seul tort est d’être juif ou d’être
considérés comme tels par les nazis.
C’est alors que Rose Valland, en lien permanent avec Jacques Jaujard,
qui établit au Louvre, tout proche, son quartier général,
ouvre ici-même Le Front de l’Art - pour reprendre le titre
de son livre paru en 1961. Ce livre, vite épuisé, réédité en
1997 par la Réunion des musées nationaux, puis à nouveau épuisé,
je souhaiterais qu’il puisse être, en cette année
de commémoration, mis à la disposition du public, pour
mieux faire connaître cette odyssée des oeuvres d’art
dont Rose Valland a scrupuleusement consigné, suivi, puis retrouvé la
trace. Pendant l’occupation, au péril de sa vie. Puis après
la Libération, et jusqu’à son dernier souffle. Pour
transmettre la mémoire, avec une ténacité sans faille.
Car son inlassable détermination n’avait d’égale
que sa remarquable discrétion. Cette discrétion qui lui
valut de demeurer la seule Française au jeu de Paume, où elle
parvint à noter clandestinement le mouvement des oeuvres, le nom
de leurs propriétaires, de localiser leurs destinations, toutes
précisions qui lui permirent ensuite de leur épargner les
dommages dus aux bombardements, puis de les retrouver, souvent elle-même.
Quand elles ne furent pas détruites, comme en ce sinistre jour
de l’été 1943 où tant de chefs d’oeuvre
- cinq ou six cents au moins - volés par les nazis à des
familles juives, furent mutilés, puis jetés aux flammes.
Ici, au Jeu de Paume : des oeuvres de Masson, Miró, Picabia, Valadon,
Klee, Ernst, Léger, Picasso, Kisling, La Fresnaye, Marval, Mané-Katz.
Et tant d’autres oeuvres, plus modestes sans doute, dont la destruction était
aussi celle de l’histoire et de la mémoire des familles
dont elles avaient partagé le destin. Rose Valland en fut l’unique
témoin. Un témoin gênant. Elle apprit, plusieurs
années plus tard, au cours de l’un de ces procès
permis par son témoignage, que la Libération de Paris l’a
sauvée d’une déportation programmée. Elle
avait pressenti qu’elle avait échappé à la
mort plusieurs fois. Sa discrétion et sa connaissance de la langue
allemande l’ont sauvée. Son obstination et son astuce aussi.
Elle a vécu chaque jour dans cette « angoissante routine » ,
en faisant face aux méfiances et aux accusations qui s’accumulaient
: « je n’ai jamais éludé ces interrogatoires
bien que ce fût fort désagréable… » écrit-elle
pudiquement dans son livre.
L’énergie et l’habileté qu’elle a déployées
après la guerre en faveur du retour et de la restitution des oeuvres
d’art saisies, ont joué un rôle inestimable pour la
sauvegarde du patrimoine artistique de notre pays. Et pour la transmission
de la mémoire des familles spoliées.
Les informations réunies par Rose Valland et aujourd’hui
conservées aux archives des Musées de France, ont été déterminantes
pour retrouver les oeuvres, après la guerre et jusqu’à nos
jours. Et ce travail continue, fidèle à son inspiration.
Avec la Commission de récupération artistique et ses homologues
alliés, elle a mené d’inlassables investigations
pour récupérer ou connaître le sort des oeuvres qui
ont quitté la France durant l’Occupation. De retour à Paris,
elle a organisé en 1953 le Service de protection des oeuvres d’art à la
direction des musées de France. Elle y a témoigné,
jusqu’à sa mort, d’un zèle infatigable, multipliant
les recherches, démêlant avec perspicacité l’écheveau
permettant de retrouver et de rendre les oeuvres.
Oui, le courage et le dévouement de cette femme héroïque
ont largement contribué à rendre possible la restitution
de plus de 45 000 oeuvres d’art aux familles qui en avaient été dépossédées
et à leurs ayants droits.
Ce vaste mouvement de restitution a permis le retour en France de ces
oeuvres, dont certaines furent offertes par les familles reconnaissantes à divers
musées français. Hélas, un certain nombre d'oeuvres
restent encore aujourd’hui en déshérence, parce qu’elles
n’ont pas été réclamées ou parce que
les données historiques permettant d’en reconstituer le
pedigree font défaut. Au cours des dernières années,
un travail considérable a été entrepris grâce
au courage et à la sagacité de certains chercheurs et grâce
aux services de l’Etat, notamment ceux du Ministère de la
Culture ; grâce aussi aux missions spéciales : la mission
d'étude sur la spoliation des Juifs en France, présidée
par Monsieur Jean Matteoli, la Commission d'indemnisation des victimes
de la spoliation, présidée par Monsieur Pierre Drai et
la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, présidée
par Madame Simone Veil.
Ces nouveaux efforts et ces recherches nouvelles ont heureusement abouti à la
restitution d'une soixantaine d'oeuvres depuis 1994, essentiellement à des
ayants droit de galeristes ou de collectionneurs.
Les notes prises par Rose Valland durant l’occupation au Jeu de
Paume ont joué un rôle essentiel dans ces travaux. Des travaux
d’identification qui se poursuivent encore aujourd’hui, de
façon minutieuse et parfois obscure, en permettant le retour aux
ayants droit d’oeuvres aussi prestigieuses que certains Nymphéas
de Monet, mais aussi, encore tout récemment, une pièce
de vitrail ou un objet mobilier, sans doute modestes au regard de l’histoire
de l’art, mais chargés d’une lourde signification
et d’une forte émotion, au regard de l’histoire du
monde, de la mémoire des familles et du souvenir des disparus.
Et surtout, de la justice et de la dignité humaines.
La plaque que nous venons de dévoiler vient témoigner enfin
de la reconnaissance due à cette actrice irremplaçable
de la vie des musées, à cette grande Résistante, à cette
Française héroïque, à cette femme exceptionnelle
et exemplaire.
Je suis heureux que notre hommage se joigne aujourd’hui à celui
de son village et de son département natals, où elle fut
inhumée dans la plus grande discrétion, après sa
mort, le 18 septembre 1980, à l’âge de quatre-vingt
deux ans. Quel plus beau symbole en effet, que de donner son nom, comme
vous l’avez fait, à un collège ? Quel plus beau message
pour les jeunes générations ?
Oui, son souvenir est aujourd’hui plus vivant que jamais, grâce
notamment à l’action de l’association « Rose
Valland » fondée par Danièle Delaruelle-Depraz et
présidée par Jacqueline Barthalay, que je tiens à remercier.
Rose Valland a agi pour sauver la part de sens, la part d’éternité qui
s’accroche à chaque oeuvre d’art. C’est cette
part là que les nazis voulaient arracher à l’homme
après l’avoir détruit. C’est cette part qui
survit aujourd’hui dans chacun des musées, dans chacune
des collections, qui s’enrichissent des oeuvres préservées
et retrouvées grâce à elle. Notre hommage est dédié,
selon l’inspiration et les termes mêmes de Rose Valland « à tous
ceux qui luttèrent pendant la dernière guerre pour sauver
un peu de la beauté du monde ».
Je vous remercie.
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communiqué de presse :
Un hommage à Rose Valland, attachée de conservation des
musées nationaux
mercredi 27 avril 2005
Renaud Donnedieu de Vabres, Ministre de la Culture et de la Communication,
dévoilera ce jour, sur le mur extérieur sud du Jeu de
Paume, une plaque à la mémoire de Rose Valland (1898-1980),
attachée de conservation des musées nationaux sous l’Occupation.
De l’automne 1940 à l’été 1944, le
bâtiment du Jeu de Paume, alors musée national des Ecoles
Etrangères contemporaines, fut réquisitionné par
les forces allemandes d’occupation pour entreposer, trier et expédier
en Allemagne les dizaines de milliers d’œuvres et d’objets
d’art volés à des collectionneurs ou à des
marchands juifs.
Ce pillage de l’art visa également des fonds d’ateliers
d’artistes et de simples logements abandonnés. Il fut accompli
au bénéfice de dignitaires nazis ou d’institutions
politiques ou culturelles du IIIème Reich. Certaines de ces spoliations
alimentèrent le marché de l’art parisien “ épuré ” de
ses marchands juifs, déportés ou exilés.
Sur ordre de Jacques Jaujard (1895-1967), alors directeur des musées
nationaux, Rose Valland, attachée de conservation au musée
du Jeu de Paume, suivit et enregistra quotidiennement ces opérations à l’insu
de l’occupant. Le zèle et le courage qu’elle déploya
dans cette périlleuse mission permit, après la capitulation
du Reich, la localisation et la restitution de plus de 45.000 œuvres
d’art aux familles qui avaient été dépouillées.
Rose Valland a rassemblé ses souvenirs dans un livre, Le Front
de l’Art (Plon, 1961 ; rééd Réunion des musées
nationaux, 1997, épuisé). Son action au Jeu de Paume a
inspiré le film de John Frankenheimer, Le Train, 1965.
L’association “ La Mémoire de Rose de Valland ” a été fondée
en 1998 dans le pays natal de l’héroïne, Saint- Etienne-de-Saint-Geoirs
(Isère) : elle s’est donné pour but de faire connaître
au plus grand nombre son action au Jeu de Paume, et collabore, notamment
avec l’Education nationale, à la lutte contre le racisme
et l’antisémitisme.
Elle publiera prochainement une monographie abondamment illustrée
sur Rose Valland, éditée par la direction du patrimoine
du département de l’Isère.
Les musées et les oeuvres spoliées
pendant la Seconde Guerre mondiale L’important travail mené depuis 1996 a permis de bien expliquer,
dans le cadre national comme international, ce qu’a été l’histoire
de la confiscation et de la restitution des oeuvres d’art spoliées
en France pendant la Seconde Guerre mondiale. Les questions soulevées
actuellement portent essentiellement sur les demandes de restitutions
ou de compensations financières présentées par des
ayants droit.
Pillage et récupération
Dès janvier 1943, une déclaration solennelle des gouvernement
alliés exprima leur détermination à mettre en échec
les opérations d’expropriation pratiquées par les
pays en guerre en se réservant le droit de déclarer non
valables tous transferts ou transactions relatifs à des biens
se trouvant dans les territoires occupés.
Cette déclaration est à la base des principes législatifs
et réglementaires qui ont permis la récupération
des oeuvres d’art en Allemagne et, dans la mesure du possible,
leur restitution aux familles spoliées.
En 1945, les institutions et les particuliers allemands durent déclarer
les oeuvres d’art en leur possession et provenant de pays occupés,
afin qu’elles fassent retour dans leur pays d’origine pour
la reconstruction de chaque patrimoine national.
60 000 objets revinrent ainsi en France, le travail efficace de la Commission
de récupération artistique permit d’en rendre plus
de 45 000 à leurs légitimes propriétaires.
Les M.N.R.
Il restait donc à déterminer le sort des 15 000 oeuvres
qui n’avaient pas été réclamées, soit,
pour celles qui avaient été spoliées parce qu’il
n’avait pas été possible de déterminer l’identité des
propriétaires, soit parce qu’elles avaient fait l’objet
de transactions légales, pour certaines mêmes dans le cadre
d’actes patents de collaboration. Le décret du 30 septembre
1949 retint le principe d’en confier une partie aux musées
nationaux pour les préserver.
13 000 objets furent mis en vente par l’administration des domaines
; 2 000 oeuvres, dont environ 1 000 tableaux, furent remises à la
garde des musées nationaux.
Ces oeuvres sont couramment appelées” MNR” du nom
des inventaires spéciaux sur lesquels elles sont inscrites. MNR
signifie” Musées Nationaux - Récupération ‘
Etat actuel de la question
La fin des années 1990 a vu, en France comme à l’étranger,
s’affirmer la nécessité, cinquante ans après,
de mesurer l’ampleur des dommages causés de 1933 à 1945
aux familles considérées comme juives par l’Allemagne
nazie, à la fois pour en garder la mémoire et pour compléter
les mesures d’indemnisation prises dans l’après-guerre.
Si, d’un point de vue matériel, les questions essentielles
portaient sur les spoliations financières, l’aryanisation économique
et l’immobilier, le sort des objets d’art pendant l’Occupation
a fait également l’objet d’interrogations légitimes.
1996-1993
Pour y répondre, la direction des musées de France a:
-- organisé un colloque en mai 1996, consacré au Pillage
des oeuvres d’art et dont les actes ont été publiés
aux éditions Adam Biro;
-- organisé en 1997, à travers les musées nationaux
et territoriaux dépositaires, une exposition présentant
les 2 000 oeuvres MNR (le musée national
d’art moderne au Centre Georges Pompidou a pris la même
initiative)
-- mis à disposition en 1996 sur le site Web du ministère
une base de données donnant une notice signalétique
de chacune de ces 2000 oeuvres (“ Catalogue
des MNR www.culture.gouv.fr/documentation/mnr/pres.htm);
--demandé à la Réunion des musées nationaux
de rééditer les mémoires de Rose Valland, Le Front de l’Art (Pion, 1961; rééd. RMN
1997 épuisée.)
1099-2005
Les travaux ont pris une toute autre ampleur grâce au concours
apporté par la Mission d’étude sur la spoliation
des juifs de France (1997-2001), qui a mis à disposition de la
direction des musées de France treize contractuels de janvier
1999 à juin 2000. La direction des musées de France a ainsi
pu
-- mener à bien une étude intitulée Le Pillage des
oeuvres d’art et les oeuvres revenues d’Allemagne, publiée
au mois de mai 2000 à la Documentation française comme
rapport sectoriel de la Mission ; elle traite des spoliations, des restitutions
et de la politique d’indemnisation mise en place par la RFA à partir
de 1957
-- rédiger les historiques détaillés des 2 000 MNR
qui sont progressivement ajoutés aux notices signalétiques
déjà en ligne sur la base MNR l’intégralité des
notices des peintures est disponible et a fait l’objet en mars
2004 d’une publication papier, éditée par la Réunion
des musées nationaux
-- établir que 10 % environ de ces oeuvres ont été saisies
pendant l’occupation par des services allemands dans le cadre de
spoliations, le restant ayant été exporté à la
suite de transactions commerciales normales - restituer une soixantaine d’oeuvres depuis 1994, essentiellement à des
ayants droit de gaieristes ou de collectionneurs,
A la suite des travaux de la Mission, deux institutions se sont mises
en place, la Fondation pour la mémoire de la Shoah et la Commission
pour l’indemnisation des victimes de spoliations intervenues du
fait des législations antisémites en vigueur pendant l’occupation.
La direction des musées de France leur apporte son concours en
tant que de besoin.
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