La résistance en Ile-de-France
Valland
Rose (1898-1980)
Texte original
de Frédéric Destremau.
Rose Valland
est née le 1er novembre 1898 À Saint
Etienne de Saint Geolrs (lsère) dans un milieu modeste.
Elle eut une formation complète, quoiqu’assez atypique,
an trois périodes successives de sept ans : d’abord
les Beaux Arts à Lyon puis à Paris (1918-1925), ensuite
un cursus académique complet à l’Ecole du Louvre
et à l’institut d’Art et d’Archéologie
de l’UnIversité de Paris (1924-1932) enfin une formation
concrète comme assistante, bénévole puis rémunérée,
au Musée des Ecoles Etrangères contemporaines, situé au
Jeu de Paume sur la terrasse des Tuileries (1932-1940). Cette formation
à la fois théorique et pratique lui donnera une grande
capacité d’adaptation
dans les situations qu’elle aura à gérer. En
septembre 1938, puis en août 1939, elle prenait une part active
à la mise en condition de guerre du Jeu de Paume, un tiers des collections
est envoyé à Chambord, les deux tiers restants sont
entreposés dans les sous-sols.
Au moment de l’entrée des Allemands dans Paris, Rose
Valland se trouve seule au Jeu de Paume et, dès le début
du mois d’octobre 1940, le bâtiment est réquisitionné par
les nazis pour y installer l’Einzastab Reichleiter Rosenberg
(ERR), le très secret service chargé de la spoliation
des collections juives. Rose Valland, servie en partie par son physique
passe-partout et inoffensif, joue l’imbécile et reste
sur place : “Mon Intention était arrêtée,
je m ‘efforcerais de rester [...]. Je ne comprenais pas encore
très nettement les raisons qui me poussaient à cette
décision, ni de quelle manière je pourrais être
utile et justifier ma présence [...j. Seule était
précise
ma détermination de ne pas quitter la place”, Rose
Valland va ainsi se maintenir pendant les quatre années de
l’occupation
notant soigneusement tout ce qu’elle voyait, empruntant des
documents le soir qu’elle faisait photographier la nuit et
remettait le matin sans que personne ne s en rende compte, récupérant
et analysant les carbones laissés dans les corbeilles du secrétariat,
etc. Elle faisait un rapport écrit hebdomadaire de ses observations
au directeur des musées nationaux, Jacques Jaujard. Son allure
de “grande fille toute simple”, sa docilité lui
permettent de circuler et d’obtenir notamment, grâce
au service photographique de l’ERR sur place, les photographies
de tous les membres de l’ERR. Le plus souvent Installée
modestement dans le petit bureau où était le téléphone,
et parlant l’allemand elle suivait les conversations, etc.
Elle put ainsi établir la nomenclature des codes secrets sous
lesquels les collections juives étaient répertoriées,
ainsi que la liste des entrepôts en Allemagne, etc Mise à la
porte plusieurs fois car sa présence gênait, elle revenait
le lendemain avec un aplomb extraordinaire et reprenait sa place
comme sl elle n’avait pas compris. C’est elle qui donna
toutes les indications nécessaires pour stopper, au milieu
du mois d’août 1944, en gare d’Aulnay sous Bois,
le dernier train d’oeuvres d’art spoliées par
I’ERR.
Son travail fut extrêmement utile car sans elle personne n’aurait
su avec précision ce que les Allemands faisaient au Jeu de
Paume, ni l’administration française, ni les Américains.
James Rohmer écrira à ce sujet: “La personne
qui, plus que quiconque, nous a permis de suivre le trace
des pillards nazis et de prendre conscience de l’ensemble de
la situation fut Mademoiselle Rose Valland, une experte rude, obstinée
et réfléchie [...]. Son dévouement sans borne à l'art
français n’avait laissé chez elle aucune place
pour la peur". Quand la Commission de Récupération
artistique est créée, le 24 novembre 1944, pour récupérer
en Allemagne les oeuvres d’art enlevées et les restituer
à leurs légitimes propriétaires, Rose Valland se voit attribuer
le poste de Secrétaire.
Entre la Libération de Paris, le 26 août 1944, et son
départ pour l’Allemagne, le 11 mai 1945 passent huit
mois qu’elle utilise au classement des documents subsistants
de l’ERR, à l’inventaire et à la restitution
des oeuvres du train d’Aulnay, etc. et à des contacts
divers. Nommée capitaine de l’armée française
et envoyée dans la Zone d’occupation française
(Bade Wurtemberg), elle rejoint la Zone d’occupation américaine
(Bavière) où se trouvent la plupart des dépôts
de I’ERR. Dès cette époque, en liaison avec les
officiers “Beaux Arts” de la 3e et la 7e armées
américaines, elle s’occupe des premiers convois (convois
de Füssen) de rapatriement des oeuvres d’art spoliées.
Elle participe également à certaines réunions
qui permettent aux quatre vainqueurs de l’Allemagne d’établir
juridiquement les processus de Restitution d’oeuvres d’art
(Conseil de contrôle à Berlin). Elle assistera, le 6
février 1946, à la 52e séance du procès
de Nuremberg sur les pillages et spoliations nazis.
Rose Valland montra toujours une très grande clairvoyance
et ne voulut à aucun moment profiter de la situation, elle
tint à rester dans une parfaite transparence et légalité,
ainsi on peut dire sans conteste que la Récupération
artistique française fut propre, respectant scrupuleusement
les règles définies. Elle passera en Allemagne sept
années exténuantes, missions, enquêtes, rapports,
négociations, etc. mais fructueuses, permettant le retour
en France de plus de 60.000 oeuvres d’art Son indépendance
d’action, condition nécessaire au succès de l’entreprise,irrita
sa hiérarchie et
notamment Raymond Schmitlein et son statut administratif fut toujours l‘objet
de remises en question, d’atermoiements Cependant Rose Valland
garda le Cap, sans moyens réels de pression, elle obtint des
restitutions importantes dans bien des cas sa présence est
déterminante; profondément respectée de ses
interlocuteurs elle se bat sans défaillance pour que la justice
soit faite. Elle met son administration en garde contre la fin prématurée
des restitutions, qui signifierait pour la France, principal pays
spolié et pillé, l’abandon des “reliquats” des
collections nazies. Elle est tres attachée au concept de “Réparation”,
défini par le Conseil de contrôle de Berlin en 1945,
qui consiste à attribuer aux pays victimes de l’Allemagne
nazie en compensation des oeuvres innombrables détruites ou
perdues, les oeuvres achetées sur leurs territoires respectifs,
sous forme de transactions légales, pendant l’occupation
par les hiérarques nazis et les institutionnels allemands.
Elle dénonce sévèrement l’attitude sournoise
de l’Autriche, qui sera mise en lumière et condamnée
effectivement quarante ans plus tard (1994).
Pourtant, dès le début, Rose Valland avait vu juste.
Albert Henraux, Président de la Commission de Récuperation
artistique fut pour elle un soutien; il écrit le 21 avril
1949 “Je crois pour me part que Melle Valland agit d’une
façon habile entre les deux parties, c’est à dire
les Américains et les Allemands, et il me semble qu'on ne
puisse guère procéder autrement”. Le capitaine
français
Elie Doubinsky qui fut chargé d’un rapport général
sur les restitutions, lui écrira le 5 avril 1951 “La
grande chance des restitutions artistiques françaises [...]
est que vous ayez pris l’affaire en main dés le début
Gràce à la documentation unique que vous avez constituée
au Jeu de Paume, au péril de votre vie, durant les quatre
années de l’occupation, vous avez été en
situation de révéler à nos Alliés, au
fur et à mesure de leur avancée, les localisations
des principaux dépôts. Ils ont été ainsi
en mesure de prendre immédiatement les mesures de sauvegarde
indispensables”.
Pour Rose Valland la dimension symbolique de la Réparation
allemande était aussi importante que les restitutions elles-mêmes,
il s’agissait pour elle sans conteste d’un acte juste
de Réconciliation franco-allemande qu’il fallait conduire
jusqu’au bout. Elle écrit en 1951 au docteur von Bock “Vous
me connaissez assez pour savoir que je ne soutiendrai aucune réclamation
qui ne me paraîtrait pas conforme au bon droit. J’aime
trop mon pays pour l’entraîner dans une aventure qui
ne paraîtrait pas conforme au bon droit. Je me suis efforcée
de convaincre les uns et les autres de travailler solidairement ;
c’était
avantageux pour la poursuite de nos restitutions, mais c’était
aussi pour vous installer sur un plan européen et vous faire
participer au bénéfice d’une activité responsable
où les Allemands s’efforceront de réparer les “torts
hitlériens””.
Après son retour en France elle continua à s’occuper
de ces questions jusqu’à son départ en retraite
en 1967.
Rose Valland est décédée le 18juillet1980 à Paris.
Décorations
Officier de la Légion d’honneur, Médaille de
la Résistance, Medall of Freedom américaine et Mérite
de la République Fédérale d’Allemagne.